Dans l’univers du maniement du sabre japonais, le moment où la lame achève sa coupe ne marque pas la fin de la technique. À bien des égards, c’est au contraire le commencement de quelque chose de bien plus profond. Nous entrons ici dans le domaine du Zanshin (残心), souvent traduit par « l’esprit qui demeure » ou « le cœur persistant ». C’est cette conscience qui perdure une fois l’action terminée — un état de présence totale qui garantit que vous ne serez jamais pris au dépourvu, que ce soit physiquement ou spirituellement.
Pour un pratiquant de Mugai-ryū Iaido ou de Battōdō, le Zanshin n’est pas une simple exigence technique : c’est un véritable état d’être. C’est ce qui différencie un sabreur exécutant machinalement des katas de celui qui incarne l’essence même de l’art à travers chaque mouvement, chaque respiration et chaque pensée.
Le Zanshin au Dojo
Au dojo, le Zanshin s’exprime de la manière la plus visible dans les instants qui suivent un kata. Après la coupe finale, le pratiquant ne se relâche pas immédiatement. Au contraire, il maintient un état d’immobilité alerte : le sabre reste en extension, le corps en équilibre et l’esprit acéré. Il ne s’agit pas d’une pause, mais bien du prolongement de l’action, une déclaration silencieuse affirmant que le combat n’est pas terminé tant que l’adversaire n’est pas véritablement neutralisé et l’environnement sécurisé.
Les Trois Dimensions du Zanshin à l’Entraînement :
Le Zanshin Physique : Le corps demeure en état d’alerte. Les pieds sont ancrés, la posture est droite et le regard continue de scruter d’éventuelles menaces. Même après l’ultime coupe, le pratiquant ne baisse pas sa garde. C’est l’aspect le plus tangible du Zanshin, et souvent celui sur lequel les débutants se concentrent en premier lieu.
Le Zanshin Mental : L’esprit reste pleinement engagé. Il n’y a pas de « déconnexion » mentale une fois la technique achevée. Au lieu de cela, le pratiquant conserve une conscience aiguë de son environnement, de son adversaire (réel ou imaginaire) et de son propre état intérieur. C’est cette clarté mentale qui permet à un sabreur de réagir instantanément à tout changement de situation.
Le Zanshin Spirituel : C’est la dimension la plus profonde. Elle repose sur la compréhension que le Zanshin dépasse la simple préparation physique ou mentale pour devenir un véritable état d’être. C’est admettre que la véritable maîtrise naît d’une tranquillité intérieure, là où l’esprit est libéré de toute distraction et où l’âme reste inébranlable face à la peur ou au doute.
Le Zanshin au-delà du Dojo
La beauté du Zanshin réside dans le fait qu’il ne se limite pas aux murs du dojo. Les principes de cette vigilance persistante et de cette présence totale peuvent s’appliquer à chaque aspect de notre vie. Dans un monde saturé de distractions, le Zanshin offre une voie pour avancer dans l’existence avec intention et lucidité.
Le Zanshin au Quotidien :
Dans nos conversations : Combien de fois écoutons-nous véritablement la personne face à nous ? Le Zanshin nous apprend à être pleinement présents dans nos échanges, à écouter non seulement avec nos oreilles, mais avec tout notre être. C’est ce qui fait la différence entre simplement entendre et véritablement comprendre.
Au travail : Que vous soyez artiste, enseignant ou cadre d’entreprise, le Zanshin peut transformer l’approche que vous avez de votre travail. C’est la capacité à rester concentré sur le moment présent, à accorder toute votre attention à la tâche en cours tout en restant conscient du contexte global. C’est la différence entre travailler en pilote automatique et agir avec un but précis.
Dans nos relations : Le Zanshin nous rappelle d’être présents pour nos proches. C’est la conscience que chaque interaction compte, que chaque mot et chaque geste ont un poids. C’est faire le choix de s’investir pleinement, sans la moindre distraction, auprès de ceux qui comptent le plus.
Dans les moments de stress : La vie est imprévisible et les défis surgissent souvent quand on s’y attend le moins. Le Zanshin est la capacité à rester calme et centré face à l’adversité, à répondre avec justesse plutôt que de réagir de manière impulsive, et à conserver une clarté d’esprit même au cœur du chaos.
Le Paradoxe du Zanshin
Le Zanshin est souvent décrit comme un état de « vigilance détendue ». Cela peut sembler contradictoire : comment être à la fois détendu et en alerte ? La réponse se trouve dans la nature même de la véritable présence. Lorsqu’il est libéré de toute tension, l’esprit est capable de percevoir avec beaucoup plus de clarté. Lorsque le corps est détendu, il se meut avec une plus grande efficacité. Le Zanshin ne consiste pas à être sur les nerfs ou tendu à l’extrême ; il s’agit d’être pleinement vivant dans l’instant présent.
Pour reprendre les mots du grand sabreur Miyamoto Musashi :
« Percevez ce qui ne peut être vu avec les yeux. »
C’est là toute l’essence du Zanshin. C’est la capacité de voir au-delà de l’évidence, de ressentir l’invisible et de rester connecté au monde qui nous entoure, même dans la plus profonde immobilité.
Cultiver le Zanshin
Alors, comment développer le Zanshin ? Comme tous les aspects des arts martiaux, cela commence par la pratique, tant sur les tatamis qu’en dehors.
Exercices Pratiques :
La Respiration Consciente : Avant et après l’entraînement, prenez quelques instants pour vous concentrer sur votre respiration. Inspirez profondément, expirez lentement et laissez votre esprit s’apaiser. Cette pratique simple peut grandement vous aider à cultiver la clarté mentale indispensable au Zanshin.
La Pratique Lente des Katas : Exécutez vos katas à demi-vitesse, en prêtant une attention minutieuse à chaque mouvement, à chaque transition et à chaque respiration. Cela permet d’ancrer l’habitude de maintenir sa vigilance tout au long de l’enchaînement.
La Méditation : Asseyez-vous en zazen (méditation assise) quelques minutes chaque jour. Concentrez-vous sur votre souffle et observez vos pensées sans les juger. Au fil du temps, cette pratique vous aidera à développer le calme intérieur qui est le socle du Zanshin.
Exercices Quotidiens de Pleine Conscience : Tout au long de la journée, prenez un moment pour faire une pause et vous recentrer. Demandez-vous : Suis-je pleinement présent en cet instant ? Si ce n’est pas le cas, ramenez doucement votre attention sur l’ici et maintenant.
Le Zanshin comme Mode de Vie
En fin de compte, le Zanshin est bien plus qu’un simple concept martial. C’est une philosophie, une manière de traverser le monde avec conscience, intention et grâce. Que vous teniez un sabre, que vous assistiez à une réunion ou que vous passiez du temps avec ceux que vous aimez, le Zanshin vous rappelle d’être pleinement présent, de rester connecté à l’instant et d’aborder la vie avec un cœur ouvert et un esprit clair.
Alors que vous poursuivez votre cheminement dans le Mugai-ryū Iaido ou le Battōdō, je vous encourage à explorer le Zanshin non seulement comme une exigence technique, mais comme un véritable principe directeur. Laissez-le façonner votre manière de vous entraîner, de vivre et d’interagir avec le monde qui vous entoure. Ce faisant, vous découvrirez que « l’esprit persistant » ne fait pas seulement partie de votre pratique : il devient une part intégrante de ce que vous êtes.
Et vous, que signifie le Zanshin à vos yeux ? Comment cultivez-vous cette pleine conscience dans votre propre vie ? Partagez vos réflexions dans les commentaires ci-dessous, je serais ravi de vous lire.
La semaine dernière, j’ai eu l’honneur d’être convié par Luciano Morgenstern (Président de Mugai-ryū Europe et Représentant de la branche Mugai-ryū Meishi Ha en Europe) au séminaire d’été à Cologne, en Allemagne. Malgré la vague de chaleur caniculaire qui balayait l’Europe, plus de 60 pratiquants se sont réunis pour deux jours d’entraînement intensif.
Premier jour : Travail technique sous le soleil de Cologne
La première journée a été consacrée au travail technique, dans un gymnase surchauffé par le soleil estival. Les sensei ont abordé un large éventail de sujets, notamment :
Le maintien du flux (nagare) dans les mouvements,
La génération de puissance (chikara no hassei),
L’exécution des katas de base du Mugai-ryū, avec une attention particulière pour le Ryōguruma, l’une des formes les plus exigeantes pour les candidats au shodan.
La dernière heure a été dédiée à la préparation aux examens, un aspect central du séminaire.
Comme je l’ai mentionné dans de précédents articles, le To Rei (刀礼, l’étiquette du sabre) dans le Mugai-ryū est extrêmement ritualisé. Pour les débutants, passer un examen devant de tels maîtres pour la première fois peut être intimidant — une expérience que je connais bien. Nous avons terminé la journée au dojo Tenshinkai, en plein centre-ville de Cologne, où j’ai eu la agréable surprise de voir mon nom affiché sur le mur aux côtés des autres élèves de Luciano Sensei. Pour clore cette première journée, Sensei a organisé un barbecue, offrant une merveilleuse occasion d’échanger avec tous les participants en dehors des tatamis.
Après 5 heures d’entraînement
Deuxième jour : Zazen et examens
La deuxième journée a commencé par une heure de Zazen (座禅, méditation assise), guidée par un moine zen. Cela a posé le ton pour le moment le plus attendu du séminaire : les examens, allant du sankyū (3e kyū) au sandan (3e dan). L’atmosphère était à la fois intense et profondément émouvante pour tous les candidats.
Ce qui a rendu cet événement encore plus spécial, c’est la présence de pratiquants d’autres écoles, comme le Genkō Nitō-ryū (école du sabre à deux mains) et le Tōsei-ryū (combats au bâton). Observer ces traditions différentes m’a offert un aperçu fascinant des techniques et de la précision que je devrai maîtriser pour progresser dans les grades.
Les candidats du week-end
Une expérience rafraîchissante pour l’esprit
Malgré la chaleur étouffante, ce week-end a été une expérience rafraîchissante pour l’esprit et l’âme. Il m’a permis d’évaluer mes progrès sur mon chemin d’apprentissage, mais surtout, il m’a offert l’opportunité de rencontrer cette communauté incroyable — un groupe de personnes impressionnantes qui partagent la même passion pour la Voie du Sabre (Ken no Michi).
En visite au Japon au mois de décembre dernier; en dépit d’un planning d’entrainement chargé, j’ai quand même trouvé le temps de me rendre à Seki, une ville considérée comme la « ville du katana ». Depuis plus de 800 ans, cette petite ville située dans la préfecture de Gifu est le cœur de la fabrication des sabres japonais.
L’histoire de Seki en tant que centre de forge de sabres remonte à la période de Kamakura (1185–1333).
Des maîtres forgerons ont été attirés par cette région car elle possédait la « trinité parfaite » pour la fabrication de lames :
Un sable de fer de haute qualité : essentiel pour créer l’acier brut (tamahagane).
Du charbon de pin : nécessaire pour atteindre les températures extrêmes requises pour la forge.
Une eau pure : fournie par les rivières Nagara et Itadori, indispensable au processus crucial de trempe.
La figure la plus célèbre des débuts de l’histoire de Seki est Motoshige, un forgeron qui s’est installé dans la région et a établi les techniques qui rendront les sabres de Seki réputés pour être « incassables, inflexibles et incroyablement tranchantsp. »
Nosyudo
J’ai été chaleureusement accueilli par le PDG de Nosyudo, Keiji Igarashi, qui perpétue la tradition familiale après que son père a été le précédent président de l’entreprise. Keiji-san a été ravi de partager sa passion avec moi et, après avoir pris un thé, nous avons passé plusieurs heures à visiter l’usine, à échanger avec les opérateurs et à me faire découvrir la grande complexité de la fabrication des lames ainsi que la passion des personnes qui y travaillent.
Située à proximité du centre-ville, Nosyudo est très facile d’accès et dispose également d’un parking juste devant son entrée principale. Adresse exacte : 1-chōme-11-14 Sannōdōri, Seki, Gifu 501-3252, Japon
Keiji-san n’est pas seulement le president de Nosyudo mais c’est aussi un fantastique pratiquant
A l’intérieur de Nosyudo
Ma visite de l’usine Nosyudo à Seki a été bien plus qu’une simple visite ; c’était une place au premier rang pour assister à la naissance d’un chef-d’œuvre. En tant que marque qui équipe des pratiquants d’arts martiaux dans le monde entier, découvrir l’ampleur et la précision de leurs opérations est une expérience qui inspire beaucoup d’humilité à tout pratiquant.
1. Le stock de lames : une forêt d’acier
Le parcours commence dans la zone de stockage, et le spectacle est tout simplement impressionnant. Des rangées entières d’ébauches de lames — des milliers — attendent d’être transformées. Savoir que ces mêmes lames seront bientôt expédiées vers des dojos, de l’Allemagne à l’Australie, donne une véritable mesure de l’impact mondial de Nosyudo sur la communauté des arts martiaux.
2. Polissage et gravure
À quelques pas du stock, l’atmosphère change pour laisser place à une concentration intense. C’est ici que la lame brute commence à prendre sa forme finale.
Gravure : pour ceux qui souhaitent une touche personnelle, la gravure minutieuse de kanji ou de symboles est réalisée à la main avec une précision et une maîtrise impressionnantes.
Polissage : le son rythmique de l’acier sur la pierre accompagne le travail minutieux qui transforme la surface de la lame en un fini miroir.
Fabrication du Bo-Hi : observer les maîtres artisans sculpter le Bo-Hi (la gorge de la lame) est fascinant. C’est un équilibre délicat entre la réduction du poids, le maintien de l’intégrité structurelle et la préservation du « sifflement » (tachikaze) du sabre.
3. L’ajustement parfait : Habaki et Tsuka
Nous passons ensuite à l’étape de l’ajustement. Le Habaki (le collier de la lame) est ajusté sur mesure à chaque sabre. C’est une étape cruciale : si le Habaki n’est pas parfaitement adapté, la lame ne s’insérera pas correctement dans le fourreau.
Vient ensuite la préparation du Tsuka (la poignée). J’ai été absolument impressionné par le Tsukamaki (le tressage de la poignée). La précision nécessaire pour enrouler la soie ou le coton autour de la peau de raie (samegawa) relève d’un véritable art. Chaque losange doit être parfaitement symétrique, et la tension doit rester constante afin de garantir une prise en main sûre et confortable pendant la pratique.
Nosyudo a aussi un stock impressionnant de pieces historiques
4. L’assemblage final : Tsuba et Mekugi
Les dernières étapes sont celles où le sabre devient véritablement un ensemble cohérent :
Le verrouillage final : l’étape la plus essentielle reste le perçage du Mekugi-ana (le trou destiné à la cheville), assurant un maintien parfaitement sécurisé de l’ensemble.
Positionnement du Mekugi : enfin, le Mekugi (cheville en bambou) est mis en place. Ce petit élément de bois est la seule pièce qui maintient la lame dans la poignée — c’est l’étape finale et la plus cruciale du processus de fabrication d’un iaitō, garantissant la sécurité du pratiquant.
Ajustement de la Tsuba : la garde est ajustée avec une grande précision afin d’éliminer tout jeu ou vibration.
une véritable oeuvre d’art
En sortant de Nosyudo
J’ai passé un moment fantastique, entouré de personnes passionnées, profondément engagées dans leur travail et désireuses de partager leur savoir-faire. Je tiens également à remercier les opérateurs qui ont pris le temps de réparer le katana du grand-père, que nous avons retrouvé dans le garage après son décès et que ma belle famille m’a offert.
Des sabres de grande qualité : j’ai été impressionné par la qualité des sabres, ainsi que très intéressé par les différentes formes de Tsuka proposées. La prise en main est extrêmement fluide, même avec un sabre plus lourd que ceux généralement proposés par d’autres marques.
Mon prochain sabre sera certainement un Nosyudo (commande passée il y a quelques mois); sabre que je vous presenterai ici dès que je l’aurais receptionné.
Dans la pratique du Iaido (居合道), du Battodo (抜刀道) et du Kenjutsu (剣術), nous nous concentrons souvent sur l’alignement physique de la lame ou la précision d’une coupe. Mais pour le pratiquant de Mugai-ryū (無外流), le défi ultime réside dans l’esprit. Au cœur de notre lignée se trouve le concept de Muga (無我).
L’origine : Un poème d’éveil
Le nom même de notre école est enraciné dans une profonde réalisation spirituelle. Le fondateur, Tsuji Gettan Sukemochi(辻月丹資茂), a atteint l’éveil après des années de méditation Zen approfondie au temple Kyōun-ji (慶運寺).
Le nom « Mugai » provient d’un verset d’un poème qu’il a reçu de son maître :
Ippō mugai nashi (一法無外) Nyoze dō dō dō (如是道同)
Cela se traduit par : « Il n’y a pas de loi en dehors de l’Unique Vérité ; elle est partout la même. » Le mot Mugai (無外) signifie « Rien à l’extérieur ». Cela implique qu’il n’y a aucune séparation entre le soi et l’univers. De là découle le Muga (無我) — l’état de Non-Soi.
Le célèbre poème qui a contribué à la fondation du Mugai-ryu
Qu’est-ce que le Muga (無我) ?
En japonais, Mu (無) signifie « néant » ou « vide », et Ga (我) signifie « soi » ou « ego ».
Dans notre vie quotidienne, notre ego (Ga) est constamment actif. Il juge nos performances, craint l’échec et cherche la reconnaissance. Dans le Budō (武道), cet ego est un obstacle. Il crée des tensions dans les épaules et des hésitations dans l’esprit. Le Muga est le processus consistant à dépouiller ce « Moi ». Lorsque l’ego est absent, il n’y a plus de « moi » qui essaie de couper ; il n’y a que le mouvement qui se produit en parfaite synchronicité.
Le Muga dans le Battodo (抜刀道) : La coupe pure
Dans le Battodo, face à un Wara (藁 – botte de paille), l’ego murmure souvent : « Ne manque pas ton coup » ou « Fais un angle parfait ». Cette pensée crée un « blocage » physique.
En recherchant le Muga, nous visons le Mushin (無心 – esprit vide). Dans cet état, le Tenouchi (手の内 – la prise du sabre) et le Maai (間合い – la distance) ne sont pas calculés par le cerveau, mais ressentis par l’âme. Le sabre devient une extension de votre système nerveux, et la coupe devient l’expression sans effort de la réalité.
Le Muga dans le Kenjutsu (剣術) : L’absence de l’adversaire
Bien que le Iaido soit souvent une quête solitaire, c’est dans le Kenjutsu (l’art du sabre en combat) que le Muga subit son épreuve la plus intense. Lorsque l’on fait face à un adversaire en Kumitachi (組太刀), l’ego réagit naturellement par la peur ou l’agression.
Dans un état de Muga, l’adversaire n’est plus perçu comme un ennemi à vaincre, mais comme un miroir. Vous ne « réagissez » pas à une attaque ; au lieu de cela, votre corps se déplace en Shizen-tai (自然体 – posture naturelle) avant même qu’une pensée consciente n’émerge. C’est l’expression du Munami (無波 – « sans vagues »), où l’esprit demeure imperturbable. En perdant le « Soi » (Ga), vous perdez aussi « l’Autre ». Le dualisme entre victoire et défaite cesse simplement d’exister..
Ma conclusion avec le concept de Ken Zen Ichi Nyo (剣禅一如)
Notre parcours dans le Mugai-ryu est un voyage vers ce « Non-Soi ». Chaque Kata (形) est une opportunité de se défaire d’une couche de vanité. Nous ne polissons pas l’acier pour voir notre reflet ; nous le polissons pour comprendre le vide derrière le reflet.
Comme le dit le vieil adage : Ken Zen Ichi Nyo (剣禅一如) — Le sabre et le Zen ne font qu’un. À travers la discipline de la lame, nous trouvons le silence intérieur.