Dans la pratique du Iaido (居合道), du Battodo (抜刀道) et du Kenjutsu (剣術), nous nous concentrons souvent sur l’alignement physique de la lame ou la précision d’une coupe. Mais pour le pratiquant de Mugai-ryū (無外流), le défi ultime réside dans l’esprit. Au cœur de notre lignée se trouve le concept de Muga (無我).
L’origine : Un poème d’éveil
Le nom même de notre école est enraciné dans une profonde réalisation spirituelle. Le fondateur, Tsuji Gettan Sukemochi (辻月丹資茂), a atteint l’éveil après des années de méditation Zen approfondie au temple Kyōun-ji (慶運寺).
Le nom « Mugai » provient d’un verset d’un poème qu’il a reçu de son maître :
Ippō mugai nashi (一法無外) Nyoze dō dō dō (如是道同)
Cela se traduit par : « Il n’y a pas de loi en dehors de l’Unique Vérité ; elle est partout la même. » Le mot Mugai (無外) signifie « Rien à l’extérieur ». Cela implique qu’il n’y a aucune séparation entre le soi et l’univers. De là découle le Muga (無我) — l’état de Non-Soi.

Qu’est-ce que le Muga (無我) ?
En japonais, Mu (無) signifie « néant » ou « vide », et Ga (我) signifie « soi » ou « ego ».
Dans notre vie quotidienne, notre ego (Ga) est constamment actif. Il juge nos performances, craint l’échec et cherche la reconnaissance. Dans le Budō (武道), cet ego est un obstacle. Il crée des tensions dans les épaules et des hésitations dans l’esprit. Le Muga est le processus consistant à dépouiller ce « Moi ». Lorsque l’ego est absent, il n’y a plus de « moi » qui essaie de couper ; il n’y a que le mouvement qui se produit en parfaite synchronicité.
Le Muga dans le Battodo (抜刀道) : La coupe pure
Dans le Battodo, face à un Wara (藁 – botte de paille), l’ego murmure souvent : « Ne manque pas ton coup » ou « Fais un angle parfait ».
Cette pensée crée un « blocage » physique.
En recherchant le Muga, nous visons le Mushin (無心 – esprit vide). Dans cet état, le Tenouchi (手の内 – la prise du sabre) et le Maai (間合い – la distance) ne sont pas calculés par le cerveau, mais ressentis par l’âme. Le sabre devient une extension de votre système nerveux, et la coupe devient l’expression sans effort de la réalité.
Le Muga dans le Kenjutsu (剣術) : L’absence de l’adversaire
Bien que le Iaido soit souvent une quête solitaire, c’est dans le Kenjutsu (l’art du sabre en combat) que le Muga subit son épreuve la plus intense. Lorsque l’on fait face à un adversaire en Kumitachi (組太刀), l’ego réagit naturellement par la peur ou l’agression.
Dans un état de Muga, l’adversaire n’est plus perçu comme un ennemi à vaincre, mais comme un miroir. Vous ne « réagissez » pas à une attaque ; au lieu de cela, votre corps se déplace en Shizen-tai (自然体 – posture naturelle) avant même qu’une pensée consciente n’émerge. C’est l’expression du Munami (無波 – « sans vagues »), où l’esprit demeure imperturbable. En perdant le « Soi » (Ga), vous perdez aussi « l’Autre ». Le dualisme entre victoire et défaite cesse simplement d’exister..
Ma conclusion avec le concept de Ken Zen Ichi Nyo (剣禅一如)
Notre parcours dans le Mugai-ryu est un voyage vers ce « Non-Soi ».
Chaque Kata (形) est une opportunité de se défaire d’une couche de vanité. Nous ne polissons pas l’acier pour voir notre reflet ; nous le polissons pour comprendre le vide derrière le reflet.
Comme le dit le vieil adage : Ken Zen Ichi Nyo (剣禅一如) — Le sabre et le Zen ne font qu’un. À travers la discipline de la lame, nous trouvons le silence intérieur.